Le chanteur avait accepté de prêter sa voix pour le doublage d’un personnage d’un long métrage d’animation 3D, des studios Pixar. Bertrand le regardait jouer la comédie, rire, pleurer, faire le joyeux compagnon, l’amoureux. Et cela le faisait encore plus souffrir. Comment allait-il ? Lui en voulait-il ? Etait-il furieux contre lui ? Comme toujours, lire dans les pensées de Travis était un challenge insurmontable, car il ne laissait rien filtré, il lui avait dit bonjour normalement, avec son sourire habituel et avait commençait l’enregistrement.
Le manageur ne supportait pas de voir un autre homme s'intéresser à Travis, il n'avait jamais été jaloux de sa vie, et aujourd'hui il découvrait ce sentiment désagréable…il profitait d’une pause pour venir lui parler.
-Ton œil ça va ? Demandait le manager, alors qu’ils étaient seuls dans la pièce d’enregistrement.
-Ça va, dit-il simplement, dans le même ton neutre, qui ne laissait rien filtrer de ses pensées ou sentiments.
De longues secondes, remplies de silences, se diluaient dans le lieu confiné. Aucun des deux ne voulaient amorcer un début de conversation.
-Travis, si tu es prêt on peut
reprendre, prononçait le maquettiste du son qui ne leur
laissait pas le temps de plus parler.
-Je le suis, disait-il aussitôt, reprenant place.
La journée avait été laborieuse et pour la première fois, Bertrand était resté du début à la fin, les yeux toujours posés sur lui, sans sourciller. Lui qui d’habitude s’en aller après un quart d’heure, trouvant cela du temps perdu inutilement.
Le jeune acteur, à ses côtés, semblait sous le charme. Il rougissait timidement, dès que l’acteur lui parlait, peu habitué à la manière direct de drague des hommes…une main un peu trop paresseuse à se défaire du bras où elle reposait, des sourires le fixant droit dans les yeux, et surtout sa façon de compatir aux bleus sur son visage « un petit ami jaloux » avait répondu Travis pour expliquer l’origine des ecchymoses. Dans la cabine de son, le spectacle était difficile à voir pour Bertrand, qui grimaçait, la mâchoire serrée. Travis laissait clairement entrevoir qu’il était libre et acceptait l’invitation pour le soir même.
-Tu comptes sortir avec lui ?
-Oui, pourquoi, je suis libre, non ?
Le manageur restait silencieux.
-En plus je lui ai demandé s’il avait un père homophobe, il m’a répondu que non, ses parents acceptent sa sexualité, donc tu vois pas de soucis.











