
A peine
quelques minutes à pédaler, qu’il avait entendu
frapper à la porte, puis l’avait vu entrer
d’autorité.
-Bonjour Bertrand.
Ce dernier
avait posé un regard coupable, comme si dieu était
face à lui et lui demandait des comptes.
-Comment tu vas depuis la dernière
fois ? Sous-entendant, le jour où ton père t’a
surpris la queue de mon frère
entre tes lèvres.
-Très bien, dit-il sur un ton, tout
sauf convainquant, particulièrement par le crissement de la
mâchoire sur la dernière syllabe.
-Je suis juste venu prendre de tes
nouvelles.
-De mes nouvelles ?
Ses yeux se
perdait dans l’immense appartement, pour tomber sur des
magazines people, relatant leur « dispute », des photos
prisent sans doute par des téléphones portables, au
vu de la qualité. « Ils se sont battus pour une fille
» explique l’un des magazines « L’homme de
fer passant à l’acte, sa réputation
était fondée ».
- Je voulais voir de mes propres yeux si
cette situation te convenait ou pas.

-Si elle me convient…, d’une
main tremblante, il s'était servi un verre d'eau.
Je…je sais même pas comment j’ai pu…mon
pire cauchemar était de le frapper, laisse t-il
traîner. Comment j’ai pu, prononce t-il en posant ses
mains dans ses cheveux. Il était là et m’a dit
tous ces trucs…je…j’ai pas su lui dire non,
comme toujours…pourquoi j’y arrive
pas…
- Ben est furieux après toi et je
t’avoue que moi aussi, même si je te semble calme, je
meurs d’envie d’éclater ta petite gueule de
merdeux, dit-il cette fois sa colère audible. Mais Travis
nous a demandé de rien te faire, qu’il
comprenait.
Bertrand, le
regard perdu, observait son verre d'eau.
-Mais je sais pourquoi il t’excuse,
même après ce que tu lui as fait. Moi aussi, quelqu'un
m’a fait beaucoup de mal.
-Quelqu'un?
Jeff souriait
tristement, sans lui répondre, l’allusion était
assez évidente.
-Plusieurs fois on en est venu aux mains.
Lui, il était comme toi, toute sa vie reposait sur
l’image que ses parents avaient de lui et moi je fragilisais
son joli petit monde, il m’aimait, je le sais, mais
c’était trop lui demander que de décevoir ses
parents. On aller partir, vivre ensemble dans une autre
ville…et il aurai encore menti, en disant que nous
n’étions que des amis, des colocataires et même
sortir avec des filles pour donner l’illusion. Mais la vie en
a décidé antrement...si je te dis ça, c'est
parce que j’étais prêt à tout accepter,
tant qu’il restait avec moi. Travis est perdu, son propre
sentiment de vouloir le père qu'il n'a jamais eu, fait qu'il
comprend ton choix. Mais il a un autre sentiment, et
celui-là est plus destructeur. Tu es le premier qu'il aime,
et toi tu lui lapides le coeur, déjà qu'il
était pas bien solide...
-Le premier qu'il aime...
-Me fais pas dire ce que j'ai pas dit, il
a jamais dis de lui-même qu'il t'aimait. Je sais même
pas s'il est capable de le dire. Mais son comportement, je vois
qu'il est amoureux de toi...enfin était...
Bertrand
heurté par le "était", grimace.